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Christophe Aubry, gérant de Technifence : « Le padel a encore un bel avenir devant lui »

Spécialisée dans les clôtures sportives et de haute sécurité, l'entreprise Technifence installe de 70 à 100 terrains de padel par an. Son gérant Christophe Aubry analyse le marché français, les modèles économiques, les nuisances sonores et la protection des oiseaux.

Pascal Airault19 octobre 2026
Christophe Aubry, gérant de Technifence : « Le padel a encore un bel avenir devant lui »
Christophe Aubry, gérant de Technifence : « Le padel a encore un bel avenir devant lui »

Spécialisée dans les clôtures sportives et de haute sécurité, l'entreprise Technifence installe de 70 à 100 terrains de padel par an. Son gérant Christophe Aubry analyse le marché français, les modèles économiques, les nuisances sonores et la protection des oiseaux.

PRÉSENTATION ET HISTORIQUE DE TECHNIFENCE

Spécialisée dans les clôtures sportives et de haute sécurité, l’entreprise Technifence s’est lancée dans l’installation de terrains de padel en 2016. Elle en pose aujourd’hui entre 70 et 100 par an, principalement pour des collectivités. Son gérant, Christophe Aubry, revient sur l’évolution du marché, les perspectives de développement, les modèles économiques des clubs et les solutions envisageables pour limiter les nuisances sonores et les collisions d’oiseaux avec les vitres.

Pouvez-vous nous présenter Technifence ? L'entreprise a été créée en 2003. Nous avons aujourd'hui trois agences : le siège social est à Tours, en région Centre, et gère l'agence qui couvre le Centre jusqu'au Sud-Ouest ; nous avons aussi une agence à Mondeville, près de Caen, qui couvre la Normandie, la Picardie, la Bretagne et une agence en Ile de France. Notre métier de base, c'est celui de clôturiste : nous installons des clôtures sportives et de haute sécurité, autour des terrains de football, des pistes d'athlétisme, etc.

Il y a une dizaine d'années, nous avons saisi l'opportunité du padel en créant nos premières pistes en 2016, au parc du Tremblay, à Champigny-sur-Marne. Nous pensions que le sport allait se développer très vite ; ça n'a malheureusement pas été le cas. Il y a eu le Covid, et juste après, l'intérêt pour le padel est revenu. C'est là que ça a explosé, et nous avons pris le train en marche. Nous avons alors cherché un partenaire fiable en Espagne et signé un contrat en 2023 avec MejorSet, qui est aujourd'hui notre fournisseur officiel et fabricant, l'un des trois leaders mondiaux.

ACTIVITÉ, CERTIFICATION ET COÛTS

« Entre 28 000 et 35 000 euros hors taxes pour une piste »

Combien de terrains installez-vous par an ? Entre 70 et 100 selon les années ; c'est ce que nous avons fait l'an dernier. Nous travaillons essentiellement pour le public, dans le cadre de marchés passés par les collectivités. Nous faisons un peu de privé, mais uniquement du premium, des clubs qualitatifs.

**De grandes structures comme Casa Padel ?** Pas forcément de grandes structures : six ou huit pistes. En revanche, nous sommes sur du premium en termes d'accessibilité : ce sont des clubs où il faut payer une adhésion pour jouer, pas des clubs ouverts à 100 % au public.

Et dans le public, ce sont surtout des clubs de tennis ? Oui, des clubs de tennis, par l'intermédiaire des collectivités. Elles peuvent bénéficier de subventions ou de prêts à taux préférentiels de la Fédération française de tennis, par exemple le « Boost Padel », avec un prêt à taux zéro.

Nous sommes nous-mêmes certifiés par la FFT depuis 2023 : c'est le Plan Qualité Padel (PQP). Nous sommes audités chaque année, avec un audit documentaire et un audit de chantier. Huit ou neuf entreprises seulement sont certifiées PQP en France. Pour les clubs et les collectivités qui travaillent avec nous, c'est la garantie du respect du cahier des charges et d'un niveau de qualité.

Combien coûte un terrain de padel en moyenne ? Une fois la chape réalisée, si l'on parle uniquement de la piste (structure métallique, vitrage, éclairage, gazon, filet), il faut compter, hors taxes, entre 28 000 et 35 000 euros selon le modèle et les options.

Il y a ensuite la question de la qualité. Sur les terrains d’entrée de gamme, on n'aura pas un bon gazon. Et il faut aussi regarder ce qu'il y a en dessous du gazon : le support qui amortit, qui fait la qualité de jeu.

DYNAMIQUE TERRITORIALE ET PERSPECTIVES DE SATURATION

« Une saturation estimée entre 12 000 et 15 000 pistes en France »

Quelle est la dynamique territoriale pour l’installation des pistes ? C'est un marché qui vient d'Espagne, donc logiquement il s'est d'abord installé dans le Sud-Ouest, de l'autre côté des Pyrénées. Le Sud-Est commence lui aussi à être bien équipé : l'Hérault et les Bouches-du-Rhône sont les deux départements les mieux dotés. Mais il reste des zones blanches : le centre de la France est très peu équipé.

L'Île-de-France, contrairement à ce qu'on pourrait imaginer, est sous-équipée au regard du nombre d'habitants, alors qu'on y voit énormément de projets. Il y a un vrai problème foncier, et le bâtiment coûte cher. Des régions peu développées commencent à décoller : la Bretagne de plus en plus, et nous travaillons pas mal en Picardie, qui était un peu en retrait et progresse bien. Mais le chemin est encore long.

Où la croissance sera-t-elle la plus forte ? Dans toutes les zones aujourd'hui sous-exploitées : la Bretagne, l'Île-de-France, le Nord, l'Est, et tout ce qui est centre. C'est un avis personnel.

Pensez-vous rester sur le rythme d’installation de 70 à 100 pistes par an ? Oui. D'autres entreprises en installent beaucoup plus que nous, mais elles ne sont pas certifiées PQP et n'ont ni les mêmes exigences ni les mêmes contraintes. Je pense que nous allons continuer à ce rythme pendant quatre ou cinq ans : le padel a un bel avenir devant lui, le temps de saturer le marché.

À quel niveau situez-vous cette saturation ? Je l’estime entre 12 000 et 15 000 pistes en France. Nous en sommes aujourd’hui à environ 4 500. Le marché est capable d’en construire entre 1 500 et 2 000 par an au maximum. Il reste donc encore un peu de travail.

Envisagez-vous de vous développer à l’étranger ? Non. Notre fabricant, MejorSet, dispose déjà de partenaires dans d’autres pays, et nous n’avons pas vocation à aller les concurrencer sur leurs marchés. En revanche, certains pays européens se développent fortement. C’est notamment le cas de l’Allemagne, où l’on n’hésite pas à construire des clubs de dix, douze, quatorze, voire dix-huit pistes. En France, les clubs comptent plus souvent six ou huit pistes. Il existe quelques exceptions avec dix ou douze terrains, mais les très grands complexes restent moins fréquents.

Comment évolue le nombre de pratiquants ? Les chiffres annoncés par les analystes et la FFT font état d'environ 1,2 million de pratiquants, dont 130 000 à 140 000 compétiteurs. Un compétiteur est ici une personne qui participe à au moins un tournoi. Il y a deux ans, on en comptait environ 50 000. La progression est donc extrêmement rapide. Il faut néanmoins garder à l'esprit que le chiffre de 1,2 million est une estimation. Certaines personnes disposent de licences multiraquettes, et il n'est pas toujours facile de déterminer si elles jouent davantage au tennis ou au padel.

On voit notamment des sportifs de haut niveau se lancer dans les investissements de complexes… C’est un fait. Il y a notamment beaucoup d'anciens footballeurs qui possèdent des clubs de padel. Zinédine Zidane, par exemple, s'est lancé dans ce secteur depuis plusieurs années. Pour moi, le marché n'est pas encore arrivé à saturation.

DIVERSIFICATION SOCIOLOGIQUE ET MODÈLE ÉCONOMIQUE

« Il va falloir aller chercher des joueurs qui ont un pouvoir d’achat moins élevé »

Vous constatez pourtant que certains clubs commencent à avoir des créneaux libres, y compris en Île-de-France. Comment l'expliquez-vous ? C'est une analyse personnelle, mais je pense que le padel a longtemps touché une catégorie socioprofessionnelle plutôt aisée. Les joueurs avaient les moyens de payer 12, 13 ou 14 euros pour une heure ou une heure et demie de jeu, voire davantage en Île-de-France, où les tarifs peuvent atteindre 20 euros. Beaucoup de clubs ont été construits pour répondre à cette demande. Mais, pour trouver de nouveaux clients, il va maintenant falloir toucher des catégories socioprofessionnelles plus modestes, avec un pouvoir d'achat moins élevé. Aujourd'hui, pour une personne qui dispose d'un revenu moyen, payer 15 ou 17 euros pour jouer peut devenir compliqué.

Cela pourrait-il remettre en question le modèle économique des grands complexes commerciaux ? C'est possible. C'est aussi pour cette raison que les clubs associatifs, notamment les clubs de tennis soutenus par les collectivités, pourraient tirer leur épingle du jeu. Ils peuvent proposer des tarifs plus attractifs parce qu'ils n'ont pas les mêmes contraintes de rentabilité que les structures privées. Aujourd'hui, selon les chiffres que nous utilisons, environ 70 % des pistes construites le sont pour le privé, contre 30 % pour le public. Je pense que cette répartition pourrait évoluer, progressivement, dans les prochaines années. Un club associatif peut proposer une piste à six euros par joueur, là où un club privé doit parfois facturer quinze euros pour équilibrer son modèle économique.

La baisse des prix pourrait-elle fragiliser la rentabilité des clubs ? Pour un club privé, oui, cela peut avoir un impact. On évoque souvent une recette annuelle de 70 000 à 90 000 euros par piste, selon les estimations. Si les tarifs baissent, les recettes peuvent diminuer. Pour un club associatif, la situation est différente. La mairie peut financer la construction de la piste, voire sa couverture, puis mettre l'équipement à disposition du club, qui l'exploite. Il n'a pas nécessairement les mêmes impératifs de rentabilité qu'un opérateur privé.

NUISANCES SONORES ET EXIGENCES RIVERAINES

« Nous refusons d’installer une piste à moins de 60 mètres des habitations »

Le développement du padel s'accompagne aussi de conflits de voisinage liés au bruit. Les installateurs commencent-ils à réfléchir à des solutions ? Chez Technifence, nous sommes sensibilisés à cette question depuis longtemps, notamment parce que nous sommes certifiés PQP. Nous participons également aux travaux de la commission AFNOR consacrée à la normalisation du padel. Aujourd'hui, nous refusons d'installer une piste à moins de 60 mètres des habitations. Entre 60 et 100 mètres, nous demandons une étude acoustique. Cette étude permet à un acousticien d'analyser l'environnement et d'évaluer le bruit que les installations sont susceptibles de générer, afin de déterminer si le projet est acceptable.

Le bruit varie-t-il selon l'endroit où l'on installe le terrain ? Oui. Il peut y avoir des vents dominants et d'autres paramètres qui influencent la propagation du bruit. L'environnement compte beaucoup. Un terrain situé dans un secteur déjà bruyant ne posera pas nécessairement les mêmes problèmes qu'une piste installée à la campagne, à proximité d'une habitation. Il existe d'ailleurs des clubs qui ont dû fermer, notamment à Bordeaux et à Nice, en raison de problèmes de voisinage.

Dans le cadre de notre certification, nous travaillons avec des acousticiens que nous missionnons pour étudier les projets. Il existe des solutions, comme les bâtiments insonorisés ou les murs extérieurs antibruit. En revanche, à ma connaissance, il n'existe pas encore de piste de padel véritablement antibruit.

Le bruit vient-il principalement de l'impact de la balle sur les vitres ? Non, contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, l'impact de la balle sur la vitre n'est pas la principale source de bruit. Pour moi, c'est le troisième bruit à prendre en compte. Le premier, c'est l'impact de la balle sur la raquette. Le deuxième, ce sont les cris des joueurs. Le troisième, c'est le bruit de la balle contre la vitre. Il faut donc commencer par agir sur les deux premières sources.

Les fabricants de raquettes pourraient-ils contribuer à réduire les nuisances ? À ma connaissance, il y a davantage de travail à faire du côté des fabricants de raquettes que de celui des fabricants de vitrages. Certains pensent qu'il suffirait de modifier les vitres pour régler le problème, mais cela ne changerait pas grand-chose si les principales sources de bruit ne sont pas traitées.

Il faut également tenir compte du comportement des joueurs. Comme je suis moi-même joueur de padel, je sais que les cris font partie de la pratique. C'est un élément qu'il est difficile de supprimer complètement. Mais si l'on analyse les différentes sources sonores, l'impact de la balle sur la raquette mérite une attention particulière.

IMPACTS ENVIRONNEMENTAUX ET DIALOGUE AVEC LES RIVERAIN

« Nous n'avons pas encore trouvé de solution pérenne pour protéger les oiseaux »

Au-delà du bruit, les terrains de padel posent-ils des problèmes environnementaux, notamment pour les oiseaux qui heurtent les vitres ? Oui, c'est un véritable sujet, particulièrement en campagne et dans les zones peu urbanisées. Nous avons nous-mêmes une piste de padel près de notre siège social, à Ballan-Miré, près de Tours. Malheureusement, nous retrouvons parfois des oiseaux morts sur le terrain. Certains volent à basse altitude et heurtent les vitres ; d'autres entrent sur la piste et finissent par se cogner contre les parois.

Nous avons essayé plusieurs solutions, notamment des épouvantails, mais cela ne fonctionne pas toujours. Aujourd'hui, nous n'avons pas de solution pérenne. C'est un problème auquel on ne peut pas rester indifférent. Lorsqu'on retrouve un oiseau mort sur un terrain, qu'il s'agisse d'un petit oiseau ou d'un pigeon, cela pose évidemment question.

Les associations environnementales travaillent-elles sur ces questions ? Oui. Des représentants d'associations environnementales ont été invités à participer aux travaux de normalisation AFNOR, à l'initiative de la FFT, afin de contribuer à la recherche de solutions. Pour le moment, il n'existe pas de solution miracle. On peut installer des filets à l'extérieur pour empêcher les oiseaux d'entrer, mais lorsqu'un oiseau se retrouve à l'intérieur du terrain, il peut heurter les vitres des deux côtés.

Nous avons aussi essayé de mettre des autocollants sur les vitres, notamment des silhouettes d'aigles, pour rendre les surfaces plus visibles. Mais il existe une autre contrainte : en cas de bris, les vitrages doivent présenter des garanties de sécurité. Il faut notamment éviter qu'un autocollant contribue à maintenir de gros morceaux de verre susceptibles de blesser les joueurs. Nous cherchons donc des solutions qui permettraient de rendre les vitres plus visibles pour les oiseaux tout en garantissant la sécurité des pratiquants. Pour le moment, nous n'avons pas encore trouvé de dispositif satisfaisant sur tous ces aspects.

Comment travaillez-vous avec les collectifs de riverains qui dénoncent les nuisances liées au padel ? Il existe des collectifs avec lesquels les échanges sont constructifs, notamment dans le cadre des réunions de la FFT et des travaux de normalisation AFNOR. Nous pouvons discuter des problèmes rencontrés et rechercher ensemble des solutions. Avec d'autres, les échanges sont plus difficiles. Nous avons notamment eu des discussions tendues avec le collectif « Non à mon padel ».

Je considère qu'il est important de pouvoir discuter sans dogmatisme. Certains collectifs cherchent à trouver des solutions et à faire évoluer les pratiques. D'autres me semblent davantage dans une logique d'opposition systématique. Pour moi, l'essentiel est de rester dans une démarche constructive. Le développement du padel doit pouvoir se poursuivre, mais il faut aussi tenir compte des nuisances, des riverains et des enjeux environnementaux. C'est en travaillant ensemble que nous pourrons avancer.

ET VOUS ?

Pensez-vous que les clubs associatifs prendront le dessus sur les structures privées face aux enjeux de prix et de foncier ? Exprimez-vous en commentaire !

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