À l’occasion de l’Alpine Paris Major, organisé à Roland-Garros du 6 au 13 septembre 2026, Le Journal du Padel a rencontré Alix Collombon, numéro un française et figure majeure du padel féminin. Saison de transition, changement de partenaire, ambitions, regard sur la nouvelle génération : la Lyonnaise revient sans détour sur une année dense, parfois éprouvante, mais riche en enseignements.
Propos recueillis par Pascal Airault
« Passer de la jeunesse à l’expérience me paraissait le bon choix. »
Vous avez changé de partenaire cette saison et êtes dorénavant associée à la joueuse russe, Ksenia Sharifova. Quel bilan tirez-vous de cette nouvelle association ? Je pense que le bilan est positif. Cela fait maintenant quatre à cinq mois que je joue avec Ksenia Sharifova. Le début de saison avec ma première partenaire (NDLR : l’Espagnole Jana Montes) a été compliqué : on n’arrivait pas à sortir la meilleure version de notre association. En dehors du terrain, tout allait bien, mais sur le court, ça ne fonctionnait pas. Parfois, il n’y a pas d’explication. Le changement était nécessaire pour elle comme pour moi. Cela a été une décision commune même si j’ai pris les devants pour en parler.
Comment s’est faite la transition avec Ksenia Sharifova ? À ce moment-là, Ksenia m’a appelé. Elle était un peu mieux classée, plus expérimentée. Cela m’a permis d’être de nouveau dans le tableau du premier Major de l’année, à Rome, ce qui change beaucoup de choses. Ksenia a déjà gagné contre des paires très fortes, fait de grands résultats. Passer de la jeunesse à l’expérience me paraissait le bon choix.
OBJECTIFS ET TRAVAIL D’ÉQUIPE
« Retrouver un quart de finale, ce que je n’ai pas fait depuis un moment »
Quels sont vos objectifs pour la fin de saison ? Toujours les mêmes : passer les huitièmes en Major, et surtout retrouver un quart de finale, ce que je n’ai pas fait depuis un moment. Le circuit devient très homogène, les jeunes sont fortes et matures. Et l’objectif principal, c’est de me retrouver en termes de jeu, de retrouver le plaisir de jouer. Avec Ksenia, on est sur le bon chemin et on a encore une grosse marge de progression.
Sur quels aspects devez-vous encore progresser ensemble ? La gestion des moments importants. On a toutes les deux vécu un début de saison compliqué. On avait perdu un peu cette flamme, cette compétitivité. Tactiquement aussi, il y a une grosse marge : défense, attaque, connaissance mutuelle. On n’a pas beaucoup de temps pour travailler à cause du calendrier. On s’entraîne surtout en tournoi. Et on progresse.
Vous travaillez avec un préparateur mental ? Séparément. Ksenia en a un, j’en ai un. Personnellement, je préfère travailler avec quelqu’un en français : pour la préparation mentale, c’est plus simple, plus efficace. On ne fait pas de sessions communes, mais chacune avance sur ses besoins.
COMPARTIMENTER POUR DURER
« Lorsque je vivais à Barcelone, j’étais trop focus padel : je dormais padel, je mangeais padel, je respirais padel »
Comment retrouve-t-on la confiance après une période difficile ? L’entourage joue un rôle énorme : la famille, les amis. Et il faut savoir déconnecter. Lorsque je vivais à Barcelone, j’étais trop focus padel : je dormais padel, je mangeais padel, je respirais padel. Il faut savoir compartimenter, donner du temps à chaque chose. Lire, regarder des séries, aller au restaurant, au cinéma… cela aide beaucoup à se ressourcer. Et puis il y a le foot : je suis fan de l’Olympique Lyonnais, c’est mon club de cœur.
Qu’est-ce qui vous motive encore après tant d’années sur le circuit ? L’envie de s’améliorer. À 33 ans, je me demande : est-ce que je suis encore capable de passer un cap ? D’aller chercher de bons résultats ? Tant que l’envie d’aller s’entraîner et de partir en tournoi est là, tout va bien. On fait beaucoup de sacrifices, mais on est privilégiés : vivre de sa passion, c’est rare.
Vous voyez-vous jouer aussi longtemps que Miguel Lamperti, qui accomplit sa dernière année sur le circuit international à 47 ans ? Non, je ne pense pas. J’aurai envie d’arrêter avant.
À quel moment atteint-on la maturité au padel ? Cela dépend de l’âge auquel on commence. J’ai débuté tard, à 23-24 ans. Ma maturité est peut-être maintenant, ou depuis deux ou trois ans, autour de la trentaine. Physiquement, ça va encore très bien. Je n’ai pas encore passé le cap où le matin devient difficile. J’espère que ce sera le plus tard possible. Le padel permet de jouer plus vieux que dans beaucoup d’autres sports.
LE PADEL FRANÇAIS ET L’APRÈS-CARRIÈRE
« On a 30 ans de retard sur l’Espagne et l’Argentine »
Quel regard portez-vous sur l’évolution du padel français ? On progresse, mais il faut être lucide : on a 30 ans de retard sur l’Espagne et l’Argentine où les meilleurs joueurs mondiaux sont des stars autant que le tennis. On ne rattrape pas cela en deux ans même si il y a un travail de fonds qui est réalisé. Les académies, les centres de formation FFT, les structures… tout cela commence à porter ses fruits. Mais avant de voir une paire française dans le top 10, il faudra peut-être encore cinq à sept ans. Ce n’est pas simple parce qu’en Espagne, il y a aussi des jeunes qui arrivent, des infrastructures toujours plus modernes, et des joueurs qui se professionnalisent plus tôt. Le sport s’est développé, s’est médiatisé chez notre voisin. Il y a aussi un peu plus d’argent, plus de sponsors. Donc cette marche-là est dure à rattraper.
La nouvelle génération vous motive-t-elle ? Oui, évidemment, cela créé une émulation. Il y a un côté compétitif : on veut rester en haut le plus longtemps possible. L’avènement de la nouvelle génération est très positif pour le padel français. Et le niveau chez les garçons est stratosphérique. Sacha Devriendt, 14 ans, est un espoir. Il y a aussi Timéo Fonteny, Jérémy Robert et Yoan Boronad. Je leur souhaite d’intégrer le top 20. Il faut être ambitieux sans être trop exigeant avec eux.
Vous imaginez-vous devenir coach après votre carrière ? Pour l’instant, je ne sais pas. C’est trop tôt. Je commence à y penser, parce que j’ai 33 ans et que je suis plus proche de la fin que du début. La transmission m’intéresse, que ce soit en tant que coach ou autrement. Peut-être en dehors du terrain. Mais être coach, c’est faire les choses à 100 % : voyager, suivre les joueurs, faire des sacrifices, ne pas être chez soi plus de quatre jours. Je vis cela depuis mes 18 ans, déjà au tennis. Peut-être que j’aurai envie de continuer si des joueurs me donnent envie. Peut-être que non. Impossible à dire aujourd’hui.
ENCADRÉ
Qui est Ksenia Sharafiva, la partenaire russe d’Alix Collombon : une vie forgée dans l’effort, un parcours construit dans l’ombre
« Tout ce que j’ai, je l’ai gagné seule. »
Sa vie n’a pas été un long fleuve tranquille. Avant de devenir l’une des joueuses de gauche à la volée et au smash tranchants les plus redoutées du circuit, Ksenia Sharifova, 26 ans, a traversé des années de galère, d’isolement et de sacrifices silencieux.
Rien, dans son parcours, ne ressemble à celui d’une athlète détectée très tôt et issue d’une grande académie. Sa trajectoire est faite de ruptures, de débrouille, de travail acharné et d’une volonté farouche de s’extraire de l’ombre. Et c’est précisément ce qui fait d’elle une joueuse à part. Née en 2000 sur l’île de Sakhaline, dans l’Extrême-Orient russe, elle est issue d’une famille modeste.
Sur cette île isolée, où les courts sont rares et les coachs encore plus, la jeune Ksenia découvre le tennis et s’y accroche avec une détermination qui surprend son entourage. Elle y consacre toute son adolescence, malgré le manque de moyens, les balles usées, les entraînements improvisés.
DE L’EXIL ESPAGNOL AU PADEL
Elle a raconté son histoire dans deux rares interviews accordées aux médias russe Padel RF et Sports.ru. « Nous n’avions pas d’argent pour voyager. Je jouais avec ce qu’il y avait », explique-t-elle dans ces témoignages restés assez confidentiels.
- À 16 ans : elle prend une décision radicale en quittant la Russie pour s’installer à Valence en Espagne, quelques économies en poche.
- Ses débuts sur place : elle vit dans une chambre minuscule, mange des pâtes tous les jours, enchaîne les petits boulots (réceptionniste, vendeuse, femme de ménage).
- Le déclic : un coach espagnol de padel, Marco Lucas, la repère et lui propose un mois d’entraînement gratuit.
Un mois plus tard, elle joue son premier tournoi. Et elle comprend alors que le padel peut changer sa vie.
DE L’OMBRE AU TOP MONDIAL
Elle quitte son emploi, s’entraîne six heures par jour, vit toujours très modestement, mais progresse à une vitesse fulgurante. Elle dort parfois dans le club, faute d’argent pour un hôtel. Elle voyage en covoiturage, partage des chambres, mange pour quelques euros. Mais elle gagne. Et elle grimpe au classement. « Tout ce que j’ai, je l’ai gagné seule. », explique-t-elle sans pathos.
Le reste est connu : elle devient la meilleure joueuse russe de padel, intègre le top mondial jusqu’à la vingt et unième place (aujourd’hui 41eme), s’impose comme une partenaire recherchée pour son explosivité, son intelligence de jeu et sa capacité à encaisser la pression.
Malgré son exil sportif en Espagne, la joueuse reste viscéralement attachée à son pays. Elle suit les tournois russes en ligne, encourage les jeunes, analyse les progrès des clubs. Elle rêve de jouer pour la sélection nationale et de lever le drapeau de son pays.
ET VOUS ?
Pensez-vous qu’Alix Collombon et Ksenia Sharifova réussiront à réintégrer le top des paires mondiales d’ici la fin de saison ? Exprimez-vous dans les commentaires !






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