Interview de Pablo Ayma, sélectionneur argentin de l’équipe de France masculine : « La France aura une équipe capable de rivaliser avec l’Espagne dans 4 ou 5 ans »

Interview de Pablo Ayma, sélectionneur argentin de l’équipe de France masculine : « La France aura une équipe capable de rivaliser avec l’Espagne dans 4 ou 5 ans »

Ancien joueur professionnel, l’argentin Pablo Ayma est le sélectionneur de l’équipe de France masculine depuis 2022 et le technicien qui inspire la structuration du padel français.

Propos recueillis par Pascal Airault

« Il prépare actuellement l’équipe de France masculine pour le prochain Mondial qui se disputera à Doha du 2 au 7 novembre. Objectif : terminer parmi les huit meilleures équipes au monde et atteindre au moins les quarts de finale de cette édition. »

À son arrivée en France, Pablo Ayma a trouvé un sport en pleine effervescence mais manquant de cadres, de méthodes et de continuité.

Il a immédiatement entrepris un travail de fond : création d’un manuel de formation pour les entraîneurs, professionnalisation des pratiques, suivi individualisé des joueurs, et mise en place d’un dialogue constant entre les académies privées et la Fédération.

Capitaine de terrain, il connaît intimement les exigences du très haut niveau, les mécanismes de progression des meilleures nations et construit patiemment la culture qui permettra à la France de franchir un cap.

LES OBJECTIFS DU CIRCUIT ET LA NOUVELLE GÉNÉRATION

« Une nouvelle génération impressionnante pousse »

Quels sont les objectifs pour la fin de saison pour les joueurs français ? Pour beaucoup, l’objectif est de progresser au classement FIP. La France souhaite désormais avoir davantage de joueurs dans les 100 meilleures paires mondiales, afin d’accéder directement aux grands tournois. Avec plus de joueurs dans le top 100, la différence serait nette par rapport aux autres nations, notamment dans la préparation des championnats du monde.

Aujourd’hui, à part Dylan Guichard, numéro un français et 75ᵉ au classement FIP, aucun joueur tricolore n’est dans le top 100. La France dispose de très bons joueurs, mais certains arrivent à un âge où il devient difficile de continuer à grimper.

Derrière eux, une nouvelle génération impressionnante pousse : Timéo FontenyJérémy RobertOlivier Guy de ChamissoYoan BoronadSacha Devriendt (14 ans). À l’Alpine Paris Major, Timéo Fonteny, associé à Nacho Moragues, a parfaitement honoré sa wild card.

PERFORMANCES ET RIVALITÉ INTERNATIONALE

« La FFT mise sur les jeunes, avec un plan de développement sur 4 à 5 ans pour les amener au haut niveau. »

Timéo et Nacho n’étaient pas si loin de pouvoir sortir la tête de série 14 au deuxième tour ? Ils ont dominé assez facilement dès leur entrée en lice la paire Álvaro Meléndez / José Luis González, avant de s’incliner — non sans résistance — face à Álex Arroyo / José Jiménez. Ils ont très bien joué et étaient proches de remporter le premier set, avant de concéder un break dans le second. L’objectif est de préparer cette génération à intégrer le top 100, ce qui leur donnerait l’expérience nécessaire pour gagner ce type de match. Parce que ce genre de rencontre, c’est avant tout une question d’expérience.

Sont-ils loin des meilleures paires espagnoles et argentines de la même génération ? Pour la même génération d’âge, pas tant que ça. Dans cette catégorie, la France fait les choses correctement pour former de bons joueurs. Le problème, c’est que l’Espagne et l’Argentine disposent d’un vivier immense de très bons joueurs, issus de plusieurs générations. Aujourd’hui, la France est encore loin d’avoir un effectif comparable.

Mais la FFT mise sur les jeunes, avec un plan de développement sur 4 à 5 ans pour les amener au haut niveau. Je pense qu’elle pourra présenter, dans ce délai, une équipe capable de rivaliser avec l’Espagne lors d’un mondial. Pas pour les battre, mais pour les concurrencer et leur prendre des sets.

TACTIQUE ET GESTION DU HAUT NIVEAU

« Tout le monde frappe fort, mais si tu arrives à rallonger les points… tu te donnes l’opportunité de faire le break qui change tout. »

Quels aspects techniques, tactiques ou mentaux doivent-ils améliorer ? Il ne leur manque pas grand-chose : ils ont la volée, la vitesse, une bonne défense. Ce qui manque, c’est la gestion des situations, le volume de jeu, et cela vient uniquement avec l’expérience des grands matchs sur le circuit, comme à l’Alpine Paris Major, contre les meilleures paires.

À titre de comparaison, des joueurs espagnols ou argentins peuvent te sembler pas aussi si forts… mais ils gèrent mieux chaque point, ils enchaînent mieux, ils génèrent plus de volume de jeu. Au final, les statistiques font la différence. Tout le monde frappe fort, mais si tu arrives à rallonger les points, en jouant beaucoup de balles neutres — des balles que l’adversaire ne gagne pas, mais que toi non plus tu ne perds pas — alors tu te donnes l’opportunité de faire le break qui change tout. Ce qui paraît simple demande des années d’entraînement et de matchs contre ce type de joueurs.

LA DISCIPLINE ET LA FORMATION EN FRANCE

« Si aujourd’hui ils donnent 100 %, demain ils devront donner 110 %. »

Comment travaille-t-on avec des jeunes de 18 ans pour qu’ils apprennent à gérer l’exigence physique du circuit ?Ils doivent observer comment s’entraînent les meilleurs du monde, bien intégrer les sacrifices que demandent une telle préparation, et accepter qu’ils doivent faire la même chose. Pas du jour au lendemain, car l’exigence est très élevée. Mais ils doivent savoir que si aujourd’hui ils donnent 100 %, demain ils devront donner 110 %. C’est un processus : apprendre au maximum chaque fois que tu entres sur la piste, chaque fois que tu vas à la salle de sport.

Il y a quelques années, les jeunes talentueux avaient plus de possibilités sans trop forcer. Aujourd’hui, le niveau global est plus élevé. Tu dois te donner à fonds lors de chaque entraînement. Quand tu comprends ça, tu franchis un cap. Et tu travailler tous les aspects pour arriver au haut niveau : le physique, le mental, l’alimentation, le choix du partenaire, le type de piste que tu vas rencontrer en tournoi. Comprendre sur quelle piste tu joues, dans quelles conditions, ça aide énormément. Certains joueurs sont très bons quand la balle gicle, d’autres non. Dans le futur, ils devront comprendre quels tournois leur correspondent, se focaliser sur le style de jeu, et savoir dans quoi ils excellent.

Quelle est votre évaluation de la structuration de la formation et de l’apprentissage en France, entre les académies privées et la Fédération ? Cela fait quatre ans que je suis capitaine. Pendant ces quatre années, nous avons d’abord créé un manuel de padel pour les entraîneurs. Nous avons formé beaucoup de coachs. J’ai suivi l’évolution de tous les joueurs, les plus âgés comme les nouveaux.

Nous avons essayé d’apporter de l’expérience et des connaissances aux joueurs, mais aussi aux entraîneurs qui les accompagnent. La Fédération mise désormais sur des centres de formation de jeunes qui fonctionnent très bien. Je pense que dans le futur, les académies françaises seront beaucoup plus fortes, avec un niveau compétitif plus élevé et des coachs mieux préparés. C’est une question d’évolution, mais la Fédération fait un très bon travail.

ET VOUS ?

Pensez-vous que l’équipe de France masculine réussira son pari et atteindra les quarts de finale du prochain Mondial à Doha ? Donnez-nous votre avis en commentaire !

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